Véronique ATTIA

Photographie Jean-Yves DESFOUX 2017
Véronique ATTIA, artiste peintre, réside et travaille à Saint-Pair-Sur-Mer en Normandie dans la Baie du Mont-Saint Michel.
Expérimental et intuitif, son travail s’articule autour de mélanges, collages de textiles, superpositions d’aplats, griffonnages, ratures, coulures. Par ce biais, des univers surgissent où art pariétal et urbain, primitivisme et abstraction se côtoient. Modernité, Préhistoire, Sciences de la Terre interfèrent dans des écritures variées aux allures de tags et de connotations primitives. Après maintes recherches, elle aboutit à un "rendu pictural" qui fait écho de manière suggestive à des éléments du réel. 
Selon ses propres mots… “ créer relève du désir, d’une nécessité à laquelle elle ne trouve pas de réponse. Son unique certitude est qu’il faut en prendre le chemin avec tous les doutes que cela implique, se mettre en mouvement, quand bien même poser un pied devant l’autre procède de l’équilibre instable. L’action de peindre à ses yeux s’apparente à un élan qui engage l’artiste dans une gestuelle du lâcher prise, indispensable à la création. “
Ses oeuvres sont retenues dans les salons parisiens ( Salon d’Automne, Art Capital ), en province ( Puls’Art, Le Grand Prix de Peinture de Saint-Grégoire ), à l’étranger dans le cadre d’expositions collectives organisées par le Salon d’Automne International
( Beijing, Tel Aviv, Tunis, Tokyo, Berlin ).

CV ​​​

Visions de la mémoire.

Ileana CORNEA

Critique d’art chez ARTENSION
Cluj décembre 2015
Commissaire d’exposition à la Biennale
de Venise 2015

Véronique ATTIA peint depuis 15 ans. Aujourd’hui elle ne lâche plus son couteau, laissant l’empreinte de sa foi et les inquiétudes de son âme dans des matières et des couleurs. Ses formes prennent d’étranges résolutions donnant naissance à une cartographie de sentiments, sensations, perceptions et jeux de transparence.
Rien n’est voulu à l’avance, « si je pense trop, je ne crée plus ».

Ses superpositions de matières occultent ou laissent apparaître les couleurs, les traits et les tâches. Ils réalisent ensemble un palimpseste révélant la sensibilité de l’artiste à la recherche des vérités cachées par d’autres vérités. « Le geste du peintre fait mouvoir le pinceau selon le corps » écrit Roland BARTHES. Et le corps en mouvement, c’est la mémoire dirait BERGSON.

Après-guerre, Antoni TAPIES perturbe les lois de la peinture en cherchant du côté de la matière la plus anti-picturale qui soit pour évoquer indirectement l’être humain. En choisissant le cheminement sinueux d’indices, signes, symboles et du mystère, il sublime l’empreinte et la trace prouvant le débordement de l’être. Véronique ATTIA emprunte la voie ouverte par le peintre espagnol.

Mais que nous dit-elle au juste ?
Foisonnants, les traits et le matériau coquettent chez elle avec l’écriture et les nombres. Explicative, narrative, l’artiste use à profusion de signes, flèches, lignes discontinues, croix de toute sorte, interrogeant, s’expliquant, justifiant, argumentant ses formes et la prise de position de la matière dans l’espace.



Elle cherche dans les secrets de la nature.
Tel un savant, elle questionne les sphères. Mais les couleurs, les rythmes, les murmures, les écritures incompréhensibles transforment ses calculs en de petites formules beaucoup moins sérieuses quant à l’interprétation de la mise en relation des planètes, laissant la place à la poésie et au rêve (Calculs aléatoires).


De la végétation, elle en retient des tâches comme l’impression que laisse une corolle sur un herbier. L’artiste la ramène à la vie par la liquidité du matériau. Les cercles reviennent souvent sous la forme de membranes transites, vides ou en puissance (Fulgurance, Gamètes). Ses chiffres « matriculaires » réalisés au pochoir, sa sphère bleue chiffrée, dynamique et abstraite apparaissent sombrement sur un mur de la ville de Tel Aviv, comme une réflexion sur le mal rongeant la nature humaine. Dans la série Échafaudages, ses fils, cordons ombilicaux serpentent d’un endroit à un autre selon la logique des formes évoquant des espaces urbains soumis aux lois temporelles.


Elle passe du tumulte au silence, du chaos à l’apaisement : dans ses collages proches de la calligraphie, elle alterne des morceaux de tissus effilochés avec des traits fins, fluides, marécageux, limoneux et graphiques manifestant la délicatesse d’un idéogramme chinois empreint d’une certaine douleur (Fragments).


Toujours dans ce registre gracieux et léger, elle prend plaisir à faire rythmer les couleurs par des carrés, losanges, triangles serrés, rappelant les études chromatiques de Paul KLEE lors de son séjour en Tunisie.



Quand bien même elle tente la représentation du visage humain, elle le fait à l’image des graffitis très colorés, brutaux et totémiques. Ou bien, elle reste assujettie aux exigences du monde pariétal. Corps à l’état de reliques, collages, tissus, ses femmes n’ont pas de visage (Elles).

Représenter, fixer l’absence à travers des symboles et des signes, les œuvres de Véronique ATTIA explorent le monde ambigu que nous suggère la trace par des questionnements et des visions de la mémoire.





Créé avec Artmajeur